Sous la planche

Plage quelquepart (bondé)- côte ouest, spot de surf

J’ai trainé mon sac (énorme) jusqu’à cette plage afin de prendre le soleil et aussi parce que vu que je suis en vadrouille dans cette zone en ce moment il faut bien que je me foute à l’eau tant que je suis là. Ma place sur la plage ressemble à une tentative de colonisation des lieux : J’occupe à moi seule un espace de 4m2, ce qui dans certaines villes correspond à des prix exhorbitants de location de terrain. On dit qu’à Paris le m2 vaut en moyenne 10 000 boules. Et quand on voit les cages à lapin qui servent d’appart au prolo, c’est à croire que les briques sont en or, mais enfait même pas, c’est juste Paris, avec tout le bordel de Paris. Bref, moi je suis étalé comme il faut, en face de l’horizon et je paye quedal pour ça, mais je sais pas si c’est vraiment comparable parce que c’est une place publique, et si je le voulais je pourrais rester là toute la journée et recommencer demain et après demain sans payer pour cet espace où j’ai choisi de poser mon cul. Pour le reste, c’est autre chose. J’aurais peut-être des voisins bruyants, envahissants, nauséabonds mais j’aurais le droit de rester là, à les regarder vivre et eux ils pourraient délibérément me faire chier en retour. Donc, je suis sur cette plage, à regarder au loin la joyeuse bande de surfeurs et surfeuses qui prennent d’assaut les vagues du littoral, les beaux mecs passent avec leurs boards éclatantes et toute l’artillerie lourde du sponsoring : combi rip curl, tong O’neill, t shirt Globe, petit maillot billabong, lunettes de soleil polarisé quicksilver… Chacun sa marque, chacun son style, leur combi à moitié porté, leur corps secs et cheveux blond décoloré les rendent sans conteste, irresistible. Ils inondent les côtes et ils se pavanent, déterminés à afficher leur sex appeal de cowboy des plages de l’ouest, titillant les fantasmes de tous les étrangers. Il y a les locaux, fiers conquérants du rivage qui font bien sentir qu’ici c’est chez eux et que si t’es pas content tu rentre chez toi, que t’es invité et que tu dois rester à ta place de touriste moyen : tu payes et tu fais pas chier sur l’eau sinon tu vires. Il y a ceux qui connaissent le spot depuis quelques saisons, qui ne viennent pas du coin mais qui font le déplacement chaque année pour ça, ils se sont déjà fait mater par les locaux, sont tolérés dans la zone, et ils ne l’ouvrent pas trop pour éviter les ennuis. Puis il y a tout les autres, les touristes, débutants, avec leurs planches en mousse Olaïan à la con, tribu d’envahisseurs qui viennent se mettre à l’eau de manière totalement anarchique et qui prennent en otage les bords du rivage, s’agitant gaiement dans la mousse. Ainsi la cohabitation de tous les groupuscules de surfeur(ses) créent un immense troupeau de planches en résine et plastique minant la surface. Tout le monde se mate dans l’eau, le surf est un sport qui sent le sexe et qui le fait savoir. Il y a les surfeuses, des meufs bonnes et sportives qui savent bien elles aussi qu’elles sont bonnes et sportives. Elles affichent fièrement elles aussi leur look de surfeuse cool qui se prend pas la tête et qui naturellement sont hyper bien montée. Leur maillot et combi naturellement sont aussi conçue afin de rappeler une fois de plus au monde entier et à elle-même que naturellement ces filles sont bonnes et sportives à la fois. Mon père est un surfeur. Depuis qu’il sait nager, il surfe, et quand il savait à peine parler (c’est ma grand mère qui me la dit) il pointait la mer en remarquant « de l’eau, de l’eau, de l’eau » c’est une véritable obsession chez lui, la mer, le surf, tout ce qui est bleu et qui flotte aussi. Du coup, le surf je connais à travers mon père, à travers mon éducation, à travers les vagues que je me suis prises dans la gueule depuis que moi aussi je sais nager. Et puis en fin de compte je ne sais toujours pas surfer. « Rame je te dis, putain mais rame ! Rame bordel ! » sauf que moi ca m’a saoulé de ramer. En vrai, je crois que mon père maintenant il s’en fou, il à fini par arrêter de me dire de ramer et à se faire à l’idée que j’étais pas une surfeuse, mais qu’il restait un espoir pour que je sois une meuf bonne et sportive à la fois.