Dicizlav et ses journaux

Dicizlav est un clodo de 34 ans, blond aux grands yeux bleus malicieux cachés sous sa casquette décrépie et son blouson sali par la crasse. Ca fait bien 13 ans qu’il zone en France, vivant dans sa caisse et vendant ses journaux sans-abris aux passants. Dicizlav à un fort accent bulgare mais il sait bien parler français, car depuis le temps, il a appris, il avait pas vraiment le choix de s’y mettre s’il voulait être un bon vendeur de journaux. Un jour il est venu à ma table pour deux euros que j’avais pas, mais que ma copine à bien voulu lui donner, il avait pas l’air agressif alors on a commencé à discuter de choses et d’autres, et après ça, à chaque fois qu’on se voyait on continuait à parler de la vie, la sienne, la mienne, celle des autres. Il était venu en France pour faire des sous et ensuite revenir au pays acheter une maison et trouver une femme pour faire des enfants. Il rêvait d’une vie pépère, avec le jardin bien comme il faut et tout qui roulerait bien. Ca faisait 13 ans, et il en avait vu de toutes les couleurs, des galères et des histoires à dormir debout, tellement debout, qu’elles vous reveillent en pleine nuit pour cauchemarder. Il économisait quand il pouvait faire des économies, et rêvait plus que tout de se caser avec une gentille nenette qui voudrait bien être engrossée rapido. Un jour j’ai croisé Dicizlav en sortant du café, c’était une journée où le soleil brille et où tout le monde semble occupé à quelquechose d’important quand on est tout seul et que l’on se rend compte soudainement qu’on est tout seul et qu’on a rien a faire si soudainement. Et là, Dicizlav est apparu distinctement derrière son énorme barbe blonde poussièreuse qui lui rongeait le visage, visage qui s’illumina à ma rencontre. Il faut dire que les passants lui donnait plus de tunes quand je passait un petit quart d’heure avec lui, car j’étais mieux sappée que lui, et que les gens se disaient sûrement que si une nana bien fringuée qui n’a l’air ni clodo ni drogué fait pas la gueule en parlant à ce type sale, c’est que c’est peut être pas un sale type, alors il mérite des sous. Dicizlav a pris son aprem pour venir à la plage avec moi, histoire de combiner nos solitudes par solidarité. Ca y est il avait presque réuni l’argent pour partir. Il repartirai dans un mois en Bulgarie cette fois ci pour se reconstruire en tant qu’homme. C’était un Jeudi, la veille de son départ, il ne s’était toujours pas rasé, et semblait méconnaissable sur la photo de sa carte de séjour. « Viens me voir en bulgarie blablabla, promis blablabla à bientôt bon courage » Durant les quelques mois qui ont suivi, j’ai pas causer aux autres clodos du coin car ils n’avaient pas la sympathie de Dicizlav, et personne n’est venu me revendre un journal sans-abris dans la région. Jusqu’aux jour où assis à la enième table d’un des cafés de la gare, je recroise l’animal. La Bulgarie ça n’avait pas marché, plus personne ne l’attendait. Les proches avaient disparus et la France lui manquait. Ici il avait un métier, il voyageait pour son boulot, de ville en ville ça lui allait aussi très bien, il était devenu quelqu’un parmis ceux qui n’ont rien.