Anticipation et place du mort

Ca fait un moment déjà que je suis inscrite dans cette auto-école et maintenant que je tape la bise à tous les moniteurs et que je connais leurs plans pour les prochaines vacances, je comprends que j’ai une certaine réputation de cas soc’ de la route. Je dois forcément avoir un petit surnom ridicule comme les autres cas soc’ de la route dans cette auto-école. Je le sais car j’ai déjà entendu un des gars parler de l’autre deux de tension, puis de l’autre qui pue de la gueule, celle qui pleure tout le temps, puis aussi le cas de la vieille qui pense qu’à 65 ans c’est l’âge pour passer son permis, car il y a un temps pour tout, et à un moment donné, il faut arrêter de s’obstiner, accepter la réalité, celle qu’il y a des gens qui sont fait pour rouler des mécaniques et d’autres pour être à la place du mort. Bref, j’ai raté mon permis la dernière fois, il faut dire que la nana qui m’a servi d’examinatrice avait vraiment l’air mal baisé. Du coup je l’ai senti tout de suite, que ca allait pas le faire entre nous. Premier contact, première appréhension, première tétanie, je l’ai pas senti du tout, et elle d’ailleurs, elle pouvait pas me sentir non plus je crois. Alors je me retrouve encore à raquer 40 balles de l’heure pour me faire pipi dessus à cause de tout ces connards qui me laisse pas le temps pour m’insérer sur l’autoroute, à cause de tout ces chauffards frustrés qui me nique mes priorités et de tous les autres qui trouvent judicieux de klaxonner comme dans un mariage pour m’encourager à avancer plus vite. Plus vite, plus vite, vas plus vite, et bouge toi de là. Le truc en vrai c’est que j’anticipe pas assez m’a t’on dit. On m’a dit anticipe plus, et regarde plus loin ce qu’il se passe. Je voudrais bien moi, anticiper, mais si j’anticipe vraiment les choses, je pose la caisse direct sur le bas coté et je me fais pas chier à me préparer au pire, à penser à ma mort probable et à celle de mon prochain. Car dans le fond, l’anticipation à ses limites au moment fatidique, lorsqu’on roule face au mur, on fonce tout de même dedans. J’ai jamais vraiment été doué pour les devinettes, et je crois encore que la conduite est une grosse blague de lourdingue. 2500 balles plus tard, je rigole toujours pas et je commence à sentir que cette histoire pue le diesel qui augmente.